Allocution de Laurent Fabius lors de la clôture de la conférence des maires d’Europe pour le climat [es]



"Mesdames et Messieurs,

Merci Chère Anne de cette initiative et pour ton accueil,

Monsieur le Commissaire Cañete,

Mesdames et Messieurs les Maires et Responsables municipaux,

Chers Amis,

Je suis ici surtout parce que je vais avoir à présider la COP21. C’est vrai que, comme l’a très bien dit le président de la République, l’objectif de la COP21 est nécessaire. Vous en êtes tous persuadés sinon vous ne seriez pas là. Mais, c’est très difficile parce que la matière elle-même est très difficile, parce qu’il faut un consensus des 195 nations, et parce que beaucoup d’accords restent à passer. Le commissaire Cañete le sait mieux que nous tous.

Je reviens un instant sur l’objectif que nous poursuivons à Paris en décembre.

Dans ce que l’on pourrait appeler « l’alliance de Paris pour le climat », il y a quatre piliers.

Le premier, c’est l’essentiel, qui est de parvenir à un accord juridique différencié come l’on dit, qui engage le monde à rester en dessous des deux degrés d’élévation de la température liées aux émissions des gaz à effet de serre. C’est l’aspect central, celui que nous n’avons pas pu obtenir jusqu’à présent.

Le second pilier, ce sont les contributions que chaque État, doit donner, théoriquement avant la fin mars. En tout cas les contributions de chaque gouvernement sont attendues rapidement.

Le troisième pilier, qui est aussi très important, c’est le financement. Lorsque l’on parle avec toute une série de pays, notamment les pays en développement, ils disent que cet objectif est très bien, mais ils demandent où sont les financements.

Le quatrième pilier, dont nous sommes convenus à Lima lors de la COP20, est tout à fait nouveau. Il s’agit de l’agenda des solutions, c’est-à-dire des initiatives de toute une série d’acteurs non-gouvernementaux, à commencer par les villes, les régions, les entreprises, la société civile. Ces derniers doivent faire en sorte de conforter les résultats que nous attendons.

Ces quatre éléments sont tout à fait décisifs pour le succès de ce que nous voulons faire à Paris.

Vous, Mesdames et Messieurs les Maires, vous êtes décisifs sur tous les plans, mais en particulier pour l’agenda des solutions. Nous ne pourrons parvenir à quelque chose de fort que si, comme c’est le cas aujourd’hui il y a des engagements.

C’est la raison pour laquelle je voudrais féliciter, en particulier, Anne Hidalgo de cette initiative qui montre que, non seulement elle agit concrètement - tous les Parisiens le savent - au jour le jour pour aller dans ce sens, mais qu’avec vous tous, elle se projette dans le futur.

Vous allez adopter, du moins je l’espère, la déclaration qui est proposée mais je pense que votre action a un autre intérêt absolument déterminant. D’abord parce que quand on réfléchit à ces affaires de climat, je n’appelle pas cela le « réchauffement » climatique, je dis plutôt le « dérèglement » climatique, parce que c’est de cela qu’il s’agit. L’une des difficultés, c’est que souvent, cet objectif apparaît comme trop lointain pour nos concitoyens. On leur dit que dans 50 ans, si cela continue comme aujourd’hui la planète ne sera plus habitable. Oui, mais dans 50 ans, la plupart d’entre nous seront âgés... Il faut donc montrer ce qui est vrai et ce n’est pas seulement dans 50 ans : c’est aujourd’hui. Évidemment, ce sont les villes, les maires, les responsables de métropoles qui peuvent le mieux le montrer.

Un autre aspect qui est lié, c’est que l’on a souvent de cette question du climat une vision mondiale. C’est nécessaire bien sûr puisque tout ce qui se passe à un endroit de la planète a des conséquences sur le reste. Mais en même temps, il faut donner une coloration locale à tout cela. Il faut également montrer que c’est un risque, mais en même temps, que c’est une chance, c’est-à-dire qu’il est possible de s’en sortir. Cela, ce sont les métropoles et les villes qui le montrent le mieux. C’est pourquoi votre rapport est absolument décisif.

À partir de cela, je crois que la déclaration que vous vous apprêtez à adopter est tout à fait décisive. J’ai entendu des exemples concrets mais si j’ai bien compris, lorsque je vais demander à mon chauffeur de m’attendre pendant que je ne l’utiliserai pas, je vais avoir mauvaise conscience compte tenu de ce qui nous a été dit par le maire de Vilnius. Mais au-delà de cela, ce qui est tout à fait manifeste - moi-même j’ai été maire et président de métropole pendant pas mal de temps - c’est qu’il y a une mine d’idées concrètes dans ce que vous faites. Je m’en ouvrais à Anne Hidalgo, au fond, peut-être serait-il aussi utile de faire la liste concrète de tout ce que vous faites car cela donnerait des idées. Je suis certain que cette déclaration aura un effet communicatif, non seulement en Europe, mais en dehors également car vous êtes souvent jumelés avec d’autres métropoles ou d’autres villes à travers le monde. C’est central à cet égard également.

Je dirai deux derniers mots :

Entre aujourd’hui et la COP21 en décembre, il y aura de nombreuses réunions importantes, dont une en particulier, prévue à Lyon en juillet prochain, ainsi que beaucoup d’autres initiatives, c’est très bien.

Mais à l’occasion de la COP21, nous avons prévu qu’une journée soit consacrée en particulier aux actions concrètes que vous menez, pour que les délégués - il y en aura 20.000 + 20.000 - voient concrètement ce qui est fait par les villes, par les régions et pour qu’ils voient que les choses sont possibles.

Il y aura donc une journée d’action de haut niveau consacrée à la présentation des principaux engagements des acteurs non étatiques.

Je terminerai par un souhait, je ne sais pas s’il est réalisable. Chaque gouvernement, chaque État doit remettre sa contribution, ce que l’on nomme en anglais « INDC », (Intended Nationaly Determined Contribution).

Ce serait évidemment formidable si, grâce à vous, il pouvait y avoir, en complément de ces « INDC » des « INGDC », c’est-à-dire des engagements « non governetly determined » car il faudra faire l’addition de tout cela si nous voulons parvenir aux deux degrés. Évidemment, la contribution que vous représentez sera tout à fait décisive.

Voilà en quelques mots ce que je voulais vous dire. L’action, vous en êtes convaincus, elle n’est pas pour après-demain, elle est pour maintenant et les risques de l’inaction sont énormes.

J’utilise souvent mais avec son autorisation le mot de Ban Ki-moon qui, à mon avis, résume tout, il dit :

« Il n’y a pas de solution B parce qu’il n’y a pas de planète B ».

Je pense que c’est le meilleur résumé que l’on peut faire.

En tout cas, je veux vous remercier très chaleureusement, vous dire qu’à Paris, vous serez évidemment les grands bienvenus parce que, vous tous qui représentez des métropoles amis du climat, vous montrez que vous êtes décidés dans votre action et que nous pouvons compter sur vous.

Merci beaucoup."



Voir également le discours prononcé par François Hollande.

Dernière modification : 07/04/2015

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