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Sommet du G20 Situation de la zone euro - Conférence de presse conjointe de Nicolas Sarkozy et de la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, Angela Merkel [ es ]

Cannes, 2 novembre 2011

Propos de M. Sarkozy

Mesdames et Messieurs,

Compte tenu de la situation créée par l’annonce d’un référendum en Grèce, nous avons estimé, avec la chancelière Angela Merkel, qu’il était indispensable d’organiser une concertation avec les institutions européennes et le FMI pour arrêter une position commune et entendre le Premier ministre Papandréou. Nous nous sommes donc mis d’accord sur les éléments suivants.

- Nous voulons une réponse européenne coordonnée, ferme et définitive qui passe par l’application des décisions qui ont été adoptées au sommet du 27 octobre à Bruxelles, à l’unanimité des 17 pays de la zone euro. Cette mise en œuvre sera accélérée et, dès demain, les ministres des Finances allemand et français se réuniront avec le commissaire Olli Rehn pour mettre en place le fonds européen que nous avons évoqué au sommet du 27 octobre.

- Deuxièmement, nous sommes prêts à aider la Grèce car la solidarité est à la base de la construction européenne, comme l’est aussi le principe de loyauté. Mais cela implique que la Grèce, de son côté, remplisse ses engagements.

- Troisièmement, nous avons dit clairement aux autorités grecques - cela comprend la majorité mais aussi l’opposition en Grèce, qui nous écoute - que les Européens, comme le FMI, ne pourront envisager de verser la sixième tranche du programme d’aide à la Grèce que lorsque la Grèce aura adopté l’ensemble du paquet du 27 octobre et que toute incertitude sur l’issue du référendum aura été levée.

- Compte tenu de la gravité de la situation, nous lançons un appel solennel pour qu’un consensus politique puisse être rapidement réuni en Grèce. S’agissant du référendum qui a été annoncé, il est clair à nos yeux que le principe d’en appeler au peuple est toujours légitime, mais il est clair également que nous ne pouvons pas rester dans une situation d’incertitude prolongée. Si référendum il doit y avoir, nous pensons qu’il devrait intervenir le plus tôt possible et nous avons apprécié les déclarations du Premier ministre grec nous indiquant un référendum possible aux alentours du 4 ou du 5 décembre.

- Enfin, quant au fond, il est clair que la question qui se trouve posée, c’est celle de l’avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle ou non rester dans la zone euro ? Nous le souhaitons, nous le souhaitons très vivement et nous ferons tous nos efforts pour que cela soit possible, mais c’est au peuple grec qu’il appartient de répondre à cette question et c’est sur cette question qu’il devrait se prononcer si un référendum était organisé.

(…)

Nous ne voulons pas laisser détruire l’euro et nous ne voulons pas laisser détruire l’Europe. Et dans la situation de grande instabilité du monde, nous avons décidé d’un certain nombre de règles. Ces règles s’appliquent à chacun d’entre nous. Nous souhaitons poursuivre l’euro et l’Europe avec nos amis grecs. Nous avons absolument tout fait pour cela, mais il y a des règles qui fondent le pacte de solidarité. C’est aux Grecs et à eux seuls maintenant qu’il appartiendra de décider s’ils souhaitent continuer l’aventure avec nous ou pas. Mais les règles de bonne gestion dont nous nous sommes dotées, la confiance que doit inspirer l’euro et l’Europe, ce sont des éléments absolument fondamentaux, ce sont des principes, c’est un engagement européen ; il nous appartient de le défendre.

Q - On a appris que vous aviez l’intention de demander au Parlement grec de voter sur le plan de sauvetage avant le référendum. Est-ce que c’est une façon de court-circuiter ce référendum ?

R - Nous n’avons rien à demander au Parlement grec qui s’administre librement. Nous n’avons pas à décider s’il y aura un référendum ou pas. Nous disons simplement que nous ne pouvons engager l’argent du contribuable européen, du contribuable français, du contribuable allemand, qu’à partir du moment où un certain nombre de règles, qui ont été votées à l’unanimité au sommet de Bruxelles du 27 octobre, sont respectées. Si ces règles ne sont pas respectées, ni l’Europe, ni le Fonds monétaire international ne pourront verser le moindre centime.

Pour le reste, nous n’avons aucun conseil à donner. Nous n’avons aucune instruction à donner, le peuple grec est un peuple indépendant ; c’est une très grande civilisation et nous lui faisons confiance pour fixer les choix pour son avenir. Nous laissons le peuple grec libre de sa décision. Mais nous sommes comptables de la stabilité de la zone euro, de la solidarité en Europe et des règles dont nous nous sommes dotées. C’est un axe entre l’Allemagne et la France qui s’est encore renforcé du fait de la crise.

Nous ne demandons rien, nous disons simplement : voici les règles qui sont les règles adoptées à 17. Si quelque pays que ce soit souhaite être exonéré de ces règles, c’est son droit le plus absolu, mais c’est en toute clarté que les Grecs doivent maintenant se décider. Pour nous, Mme Merkel comme moi-même, M. Juppé, M. Schäuble, M. Baroin qui étaient à la réunion, nous souhaitons continuer avec les Grecs, mais il y a des règles et, nous ne pouvons pas accepter qu’elles ne soient pas respectées. Chaque fois que dans le passé l’Europe a accepté de faire des entorses avec ses règles, elle a réussi à franchir une étape mais elle a compromis son avenir.

L’Europe est trop importante pour que l’on joue avec les règles dont nous nous sommes dotées dans l’instabilité du monde d’aujourd’hui. (…)

Q - Première question sur le référendum : est-ce que cela ne démontre pas qu’il y a un vrai problème de démocratie en Europe ? Des décisions sont prises par le conseil des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro ; ensuite, elles sont appliquées dans les différents pays sans que les peuples se sentent impliqués par ce qui se passe, en dehors de l’Allemagne où le Bundestag est impliqué. Quelque part, il y a peut-être une révolte aussi des peuples face à ce qui est perçu comme, peut-être, je dirais un directoire franco-allemand de plus en plus brutal pour sauver l’euro.

R - Pardon de vous le rappeler, mais le programme qui a été adopté par l’Europe pour l’Irlande a fonctionné. Pourquoi a-t-il fonctionné ? Parce que la majorité au pouvoir - à l’époque, si mon souvenir est exact, Brian Cowen - et l’opposition étaient d’accord sur les grandes lignes du pouvoir.

Au Portugal, cela a fonctionné. Pourquoi ? Parce que la majorité au pouvoir - à l’époque M. Socrates - et l’opposition d’alors, aujourd’hui au pouvoir, étaient d’accord.

Et en Espagne, cela fonctionne. Pourquoi ? Parce que M. Mariano Rajoy, dans l’opposition, est d’accord avec M. Zapatero, au pouvoir.

L’Europe ne peut être efficace que si la classe politique, opposition comme majorité, des pays européens est d’accord pour jouer le jeu des règles européennes. C’est cela, la démocratie.

Deuxième remarque : à vous entendre, il faudrait sans doute organiser un référendum dès qu’un Conseil européen prend une décision, mais je vous ai entendu si souvent vous plaindre que le Conseil européen ne prenait pas assez de décisions. Voilà donc qu’il en prendrait trop à vos yeux ?

Enfin, troisième remarque : un directoire brutal ? Croyez-vous vraiment que Mme Merkel et moi-même, ainsi que M. Juppé, M. Baroin et M. Schäuble, c’est par plaisir que nous faisons ce que nous faisons ? Ne croyez-vous pas que nous exerçons assez de responsabilités dans nos pays respectifs, qu’il convient d’en prendre en plus en Europe ? Et est-ce que vous ne pensez pas que si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait, on se serait posé la question du leadership traditionnel de l’Allemagne et de la France en se demandant pourquoi les deux économies les plus puissantes et les deux pays qui payent le plus n’assument pas leur devoir qui est de prendre leurs responsabilités ?

Je crois que s’il y a un problème, ce n’est pas un problème de trop de leadership, mais plutôt un problème de déficit de leadership ; et croyez-bien que malgré toutes les crises que nous avons eu à gérer, nous sommes décidés à préserver l’unité et la solidarité en Europe. La chancelière et moi-même sommes profondément européens. Et si nous nous portons en première ligne, c’est justement parce qu’il le faut, que c’est notre devoir. Ce n’est pas un poste tellement agréable vous savez par les temps qui passent, mais c’est nécessaire. (…).

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