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COP 16 : Conférence “Forêts et changement climatique”

Mexico, le 4 novembre 2010

Dans le cadre du cycle de conférences “Les mercredi de débat sur le changement climatique”, qui a lieu en octobre et novembre à la Résidence de France, l’Ambassade de France au Mexique a invité hier trois experts à débattre sur le thème “Forêts et changement climatique”.

Ont participé Mme. Julia Carabias, membre du Conseil Dirigeant de Nature et Ecosystèmes Mexicains A.C. et ancienne ministre de l’Environnement, M. Sergio Graf Montero, Coordinateur Général de Production et de Productivité de la Commission Nationale des Forêts (CONAFOR), M. Corentin Mercier, expert sur le changement climatique de l’Agence Française de Développement (AFD), ainsi que M. Sergio Madrid, Directeur du Conseil Civil Mexicain pour la Sylviculture Durable.

Après avoir salué la présence dans le public de M. Fernando Tudela Abad, Vice-ministre de la Planification et de la Politique Environnementale du ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles (SEMARNAT), l’Ambassadeur de France au Mexique, M. Daniel Parfait, a rappelé qu’aujourd’hui et demain est organisée à Mexico la Pré-COP, dernière étape de négociation de haut niveau avant la 16ème Conférence des Parties (COP 16) à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) – qui aura lieu à Cancun en décembre.

M. Parfait a estimé que le thème des forêts est extrêmement important dans le cadre des négociations sur le changement climatique, car “la déforestation représente 20% des gaz à effet de serre (GES) à l’échelle mondiale”. En rappelant que la France est un grand pays forestier, les forêts représentant 28% de son territoire, l’Ambassadeur a souligné l’engagement de la France sur ce thème, comme le montre la création de l’alliance REDD+, impulsée par Nicolas Sarkozy durant la Conférence sur les bassins forestiers, qui s’est tenue à Paris au mois de mars dernier.

“REDD” se réfère à la Réduction des Emissions dérivées de la Déforestation et de la Dégradation des forêts, et le “+” correspond à la conservation et à la gestion durable des forêts ainsi qu’à l’augmentation des réserves forestières de carbone.

Pour sa part, M. Sergio Madrid, modérateur de cette conférence, a indiqué que les forêts ont une “énorme valeur”, par leur fonction de régulation hydrique, par la biodiversité qu’elles abritent, par la richesse culturelle générée par les communautés qui vivent dans ces régions et pour leur capacité à capturer le carbone. Pour protéger cette richesse, il a souligné qu’il est fondamental “de donner du pouvoir aux personnes qui vivent là pour qu’ils nous aident à faire une meilleure gestion des forêts” et qu’elles participent au développement local.

La première intervenante, Mme. Julia Carabias, a souligné l’urgence d’agir contre la déforestation et a indiqué que si les forêts tropicales humides du Mexique occupaient à l’origine 12 millions d’hectares, il en reste aujourd’hui moins d’un million, principalement la Forêt Lacandona et les Chimalapas. Elle a expliqué que “l’élevage et l’agriculture représentent conjointement 70% de la perte”. Elle a estimé que les efforts de lutte contre la déforestation peuvent jouer un rôle déterminant dans la réduction de 50% des émissions de GES d’ici 2050, par rapport au niveau de 2000, comme le propose le PECC (Programme Spécial de Changement Climatique 2009-2012).

L’ancienne Présidente de l’Institut National d’Ecologie a présenté le programme de conservation, de restauration et de gestion durable de la Forêt Lacandona, soutenu par le Fond Mondial pour la Nature (WWF) et la Fondation Carlos Slim. Pour garantir la préservation des sept zones naturelles protégées de la Forêt Lacandona, elle a expliqué qu’ont été définies de nombreuses lignes stratégiques qui, en plus de mettre en œuvre la restauration des écosystèmes, prennent en compte le facteur social. Mme. Carabias a souligné que grâce aux investissements publics – notamment de la SAGARPA (ministère de l’Agriculture, de l’Elevage, du Développement Rural, de la Pêche et de l’Alimentation), de la SEMARNAT et de la CONAFOR – s’est généré un “bénéfice direct aux producteurs”, avec la stimulation de l’économie locale et la création d’emplois. Elle a finalement qualifié ce projet de “succès”, dans la mesure où observe actuellement une inflexion de la déforestation, et elle s’est montrée confiante quant à la possibilité que, si ces efforts se poursuivent, dans cinq ans la Forêt Lacandona récupére “sa capacité d’absorption de carbone”.

M. Sergio Graf Montero a pour sa part présenté la vision du Mexique du problème de la déforestation. Il a assuré que le gouvernement mexicain veut faire de ce thème “une priorité nationale”, et que s’est par conséquent mis en place un groupe de travail interministériel qui implique la SAGARPA, la SEMARNAT et la CONAFOR. A partir de 2012, il est prévu que soit mise en œuvre une stratégie qui cherchera, avec l’appui de l’Agence Française de Développement (AFD) et de l’Agence Espagnole de Coopération Internationale (AECI), à contrer le processus de dégradation des forêts. M. Graf Montero a également détaillé quatre projets pilote qui sont en cours de développement dans les bassins côtiers de Jalisco, dans la Forêt Lacandona, au Nevado de Toluca et dans la Péninsule du Yucatan. Il a souligné l’importance de ce dernier site, en rappelant que “30% de la déforestation du pays se concentre dans la péninsule du Yucatan”.

Enfin, M. Corentin Mercier a décrit l’état des négociations sur les forêts dans le cadre de la CCNUCC. Soulignant “qu’il n’est pas possible de limiter l’augmentation de la température à 2 degrés Celsius sans agir sur la déforestation.”, il a indiqué que le thème des forêts est abordé de manière insuffisante dans le Protocole de Kyoto. Il a expliqué que le mécanisme REDD+ n’existe toujours pas car, alors qu’il était le thème le plus avancé lors de la Conférence de Copenhague (COP 15) en décembre 2009, l’accord ne s’est pas concrétisé. M. Mercier a mis en évidence que REDD+ se baserait sur le versement aux pays en développement d’une subvention proportionnelle à leurs résultats dans la lutte contre la déforestation. Cela impliquerait trois phases : la définition de stratégies nationales de lutte contre la déforestation ; la création d’un système de Mesure, Rapport et Vérification (MRV) ; et le paiement. Il a conclu que si l’on parvient à adopter à Cancun le paquet équilibré de décisions impulsé par le Mexique, REDD+ serait partie intégrante de ce paquet, ce qui représenterait un “succès” dans les négociations sur les forêts.

Après les présentations, une session de discussion a été ouverte pour les questions du public. Concluant la séance, l’Ambassadeur a annoncé que la prochaine conférence “Gestion durable des ressources et changement climatique” aurait lieu le 24 novembre.

Présentations des conférenciers

PowerPoint - 33.4 Mo
Ponencia Julia Carabias
PowerPoint - 1 Mo
Ponencia Corentin Mercier

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